Litteratura.com
Recherche    
Charles Baudelaire livresrechercheforumsressourcesgaleriecontactchroniques

Vie de Charles Baudelaire
Correspondance
Biographie
Personnages

Oeuvre de Charles Baudelaire







un certain regard
Articles
Axes d'études
Contemporains
oeuvre
Vers  -  à voir aussi : Critiques Essai Journal Nouvelles Prose 

Les Fleurs du mal

Seconde édition

retour à l'accueil de l'oeuvre
retour au choix de l'oeuvre

XCI. Les Petites Vieilles

<< Voir les pages liées à ce texte 
 Définition  | Taille du texte  1  2  3  |  < Précédent  Suivant >  |   Télécharger cette oeuvre   
À Victor Hugo
   
   I
   
    Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
    Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements,
    Je guette, obéissant à mes humeurs fatales,
    Des êtres singuliers, décrépits et charmants.
   
    Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
    Éponyme ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
    Ou tordus, aimons-les ! Ce sont encor des âmes.
    Sous des jupons troués et sous de froids tissus
   
    Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
    Frémissant au fracas roulant des omnibus,
    Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
    Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ;
   
    Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ;
    Se traînent, comme font les animaux blessés,
    Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
    Où se pend un Démon sans pitié ! Tout cassés
   
    Qu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille,
    Luisants comme ces trous où l'eau dort dans la nuit ;
    Ils ont les yeux divins de la petite fille
    Qui s'étonne et qui rit à tout ce qui reluit.
   
    - Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles
    Sont presque aussi petits que celui d'un enfant ?
    La mort savante met dans ces bières pareilles
    Un symbole d'un goût bizarre et captivant,
   
    Et lorsque j'entrevois un fantôme débile
    Traversant de Paris le fourmillant tableau,
    Il me semble toujours que cet être fragile
    S'en va tout doucement vers un nouveau berceau ;
   
    À moins que, méditant sur la géométrie,
    Je ne cherche, à l'aspect de ces membres discords,
    Combien de fois il faut que l'ouvrier varie
    La forme d'une boîte où l'on met tous ces corps.
   
    - Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes,
    Des creusets qu'un métal refroidi pailleta...
    Ces yeux mystérieux ont d'invincibles charmes
    Pour celui que l'austère Infortune allaita !
   
   II
   
    De Frascati défunt Vestale enamourée ;
    Prêtresse de Thalie, hélas ! Dont le souffleur
    Enterré sait le nom ; célèbre évaporée
    Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,
   
    Toutes m'enivrent ! Mais parmi ces êtres frêles
    Il en est qui, faisant de la douleur un miel,
    Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes :
    Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu'au ciel !
   
    L'une, par sa patrie au malheur exercée,
    L'autre, que son époux surchargea de douleurs,
    L'autre, par son enfant Madone transpercée,
    Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs !
   
   III
   
    Ah ! Que j'en ai suivi de ces petites vieilles !
    Une, entre autres, à l'heure où le soleil tombant
    Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,
    Pensive, s'asseyait à l'écart sur un banc,
   
    Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,
    Dont les soldats parfois inondent nos jardins,
    Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre,
    Versent quelque héroïsme au cœur des citadins.
   
    Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle,
    Humait avidement ce chant vif et guerrier ;
    Son œil parfois s'ouvrait comme œil d'un vieil aigle ;
    Son front de marbre avait l'air fait pour le laurier !
   
   IV
   
    Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
    À travers le chaos des vivantes cités,
    Mères au cœur saignant, courtisanes ou saintes,
    Dont autrefois les noms par tous étaient cités.
   
    Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
    Nul ne vous reconnaît ! Un ivrogne incivil
    Vous insulte en passant d'un amour dérisoire ;
    Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.
   
    Honteuses d'exister, ombres ratatinées,
    Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ;
    Et nul ne vous salue, étranges destinées !
    Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !
   
    Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
    Œil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
    Tout comme si j'étais votre père, ô merveille !
    Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins :
   
    Je vois s'épanouir vos passions novices ;
    Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ;
    Mon cœur multiplié jouit de tous vos vices !
    Mon âme resplendit de toutes vos vertus !
   
    Ruines ! Ma famille ! Ô cerveaux congénères !
    Je vous fais chaque soir un solennel adieu !
    Où serez-vous demain, Èves octogénaires,
    Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ?


Pages liées


Victor Hugo

Qu'est-ce que l'amour ? Adorer, c'est se sacrifier et se prostituer. -- La volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté. -- Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! -- Le rire est satanique, il est donc profondément humain. -- La musique creuse le ciel. -- Homme libre, toujours tu chériras la mer ! -- Le diable, je suis bien obligé d'y croire, car je le sens en moi ! -- Dieu serait injuste si nous n'étions pas coupables. -- Toute phrase doit être en soi un monument bien coordonné, l'ensemble de tous ces monuments formant la ville qui est le Livre. -- Le rire est satanique, il est donc profondément humain. -- Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
Le Salon de 1859
La Fanfarlo
Les Fleurs du mal, première édition (1857)
Les Fleurs du mal, seconde édition (1861)
Le Spleen de Paris
Mon coeur mis à nu
Les Paradis artificiels
Comment on paie ses dettes quand on a du génie
Conseils aux jeunes littérateurs
Les Drames et les romans honnêtes
Peintres et aquafortistes
Morale du joujou
Madame Bovary par Gustave Flaubert
Du Vin et du Haschisch
Fusées
Le musée classique du bazar Bonne-Nouvelle
Exposition universelle
Les Misérables par Victor Hugo
Richard Wagner et Tannhäuser à Paris
Le peintre de la vie moderne
Choix de maximes consolantes sur l'amour
L'école païenne
Les fleurs du mal, fleurs maladives, la fleur du mal, fleurs du mal de Charles Baudelaire. Les Fleurs du mal Le Spleen de Paris, Les Petits poèmes en prose,poésie en prose, recueil majeur. Le Spleen de Paris e-coursier, envoi de fichiers volumineux
 
 
"Il y a, dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre." 
 
Ajoutez cette page à vos favoris.            Recommander cette page à vos amis.            Inscrivez-vous à la lettre de diffusion.            Pourquoi pas de la littérature sur la toile ?...