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Les Fleurs du mal

Seconde édition

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VIII. La Muse vénale

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    Ô muse de mon cœur, amante des palais,
    Auras-tu quand janvier lâchera ses Borées,
    Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
    Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?
   
    Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
    Aux nocturnes rayons qui percent les volets ?
    Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
    Récolteras-tu l'or des voûtes azurées ?
   
    Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
    Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
    Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,
   
    Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
    Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
    Pour faire épanouir la rate du vulgaire.


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En rouvrant mes yeux pleins de flamme J'ai vu l'horreur de mon taudis, Et senti, rentrant dans mon âme, La pointe des soucis maudits ; -- Il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini. -- Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, de poésie, jamais. -- La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse ; car c'est par le rêve que l'homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné. -- Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. -- L'art qui satisfait le besoin le plus impérieux sera toujours le plus honoré. -- La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas. -- Liberté et fatalité sont deux contraires ; vues de près et de loin, c'est une seule volonté. -- Tout enfant, j'ai senti dans mon coeur deux sentiments contradictoires, l'horreur de la vie et l'extase de la vie. -- Insouciants et taciturnes, Des Ganges, dans le firmament, Versaient le trésor de leurs urnes Dans des gouffres de diamant. -- Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
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"On ne peut oublier le temps qu'en s'en servant."