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Les Fleurs du mal

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LXXXVIII UN VOYAGE A CYTHÈRE

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    Mon cœur se balançait comme un ange joyeux
    Et planait librement à l'entour des cordages ;
    Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
    Comme un ange enivré d'un soleil radieux.
   
   
    Quelle est cette île triste et noire ? — C'est Cythère,
    Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons,
    Eldorado banal de tous les vieux garçons.
    Regardez, après tout, c'est une pauvre terre.
   
   
   
    — Ile des doux secrets et des fêtes du cœur !
    De l'antique Vénus le superbe fantôme
    Au-dessus de tes mers plane comme un arôme,
    Et charge les esprits d'amour et de langueur.
   
   
    Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
    Vénérée à jamais par toute nation,
    Où les soupirs des cœurs en adoration
    Roulent comme l'encens sur un jardin de roses
   
   
    Ou le roucoulement éternel d'un ramier !
    — Cythère n'était plus qu'un terrain des plus maigres,
    Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
    J'entrevoyais pourtant un objet singulier :
   
   
    Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères,
    Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
    Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
    Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ;
   
   
    Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près
    Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches
    Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches,
    Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.
   
   
    De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
    Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
    Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
    Dans tous les coins saignants de cette pourriture ;
   
   
   
    Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
    Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
    Et ses bourreaux gorgés de hideuses délices
    L'avaient à coups de bec absolument châtré.
   
   
    Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
    Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
    Une plus grande bête au milieu s'agitait
    Comme un exécuteur entouré de ses aides.
   
   
    Habitant de Cythère, enfant d'un ciel si beau,
    Silencieusement tu souffrais ces insultes
    En expiation de tes infâmes cultes
    Et des péchés qui t'ont interdit le tombeau.
   
   
    Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes !
    Je sentis à l'aspect de tes membres flottants,
    Comme un vomissement, remonter vers mes dents
    Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes ;
   
   
    Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
    J'ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
    Des corbeaux lancinants et des panthères noires
    Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.
   
   
    — Le ciel était charmant, la mer était unie ;
    Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
    Hélas ! et j'avais, comme en un suaire épais,
    Le cœur enseveli dans cette allégorie.
   
   
   
    Dans ton île, ô Vénus, je n'ai trouvé debout
    Qu'un gibet symbolique où pendait mon image.
    — Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage
    De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !
   
   
   
   


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Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. -- Dieu serait injuste si nous n'étions pas coupables. -- Le diable, je suis bien obligé d'y croire, car je le sens en moi ! -- Plus encore que la vie -- On ne doit jamais juger les gens d'après leur fréquentation, Judas, par exemple, avait des amis irréprochables. -- Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Eglise a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage. -- Il y a dans l'acte de l'amour une grande ressemblance avec la torture ou avec une opération chirurgicale. -- J'ai toujours été étonné qu'on laissât les femmes entrer dans les églises. -- Pourquoi les démocrates n'aiment pas les chats, il est facile de le deviner. Le chat est beau; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc. -- Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables. -- Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d'un art.Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
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"Il n'est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu'il n'espère." 
 
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