Litteratura.com
Recherche    
Charles Baudelaire livresrechercheressourcesgaleriecontactchroniques

Vie de Charles Baudelaire
Correspondance
Biographie
Personnages

Oeuvre de Charles Baudelaire







un certain regard
Articles
Axes d'études
Contemporains

regards
Articles  -  À voir aussi : Axes d'études  Contemporains  

Baudelaire : le lointain tout près d'ici

Lire un autre article
Texte de François Leturcq   |  Taille du texte  1 2   3  |  Télécharger
Caspar David Friedrich. Bateau sur le rivage. Sépia et crayon. Vers 1837-1839. Musée de l’Hermitage, Saint-Petersbourg.

Un tremblement, pour chaque chose de ce monde, digne d'être aimée. Un temps, aménagé à la mesure de cette éternité qu'il porte en lui. Un temps désamorcé. Ce sentiment religieux, comme un artifice de l'âme, comme un fard sur la paupière. Plongé dans l'incertitude dès le matin de la vie, écartelé par deux mouvements contraires, de contractions et d'élargissements, de crispations et d'extases, de morcellements et de retours à la vie. Plongé dans l'incertitude, il offrait ses mains avec son âme dedans, ce qu'il était (ce qu'il est toujours). Âme déniée par la civilisation confortablement assise dans ses limites. Son œil, qui voyait si loin, avait déjà compris et deviné le seul adversaire digne d'être combattu, l'ennui de la survie ordinaire. Lui qui s'en voulait souvent de planer sur les choses, qui devait demander à la misère de le pardonner. Lui, aussi, qui devait se demander pourquoi moi, sans cesse, pourquoi cette aptitude à l'immensité, pourquoi les autres n'y ont-ils pas droit, s'est refusé même à se reposer sur les richesses qu'il portait. Ces richesses-là qui ne rendent pas heureux.

Jamais ses mots, si destructeurs qu'ils puissent apparaître, si rongeurs, vengeurs, ne nous ont fait descendre d'un cran. Ces mots-là revenus du fond de la détresse, souvent, ne cherchent qu'à nous élever vers des atmosphères inconnues, oubliées. Il a conçu très tôt que la poésie était un échappatoire, le seul peut-être valable, sa folie de s'être abandonné au rêve et d'avoir été le premier à l'utiliser comme une arme contre le monde entier. Arme toute droit sortie des régions inconnues (inconnues et pourtant, trop familières), des régions des mirages, de l'irréalité espérée, arme la plus puissante qui soit.

Caspar David Friedrich.
Le moine face à la mer. 1808-1810.

S'il a plongé, la tête la première, sans penser à lui, sans penser à ce qu'il allait advenir de sa pauvre personne, à tout le mal que cela allait lui causer. S'il est allé là-bas, dans les endroits les plus reculés, là où l'humanité ne se connaît pas encore. C'est pour prouver aux yeux de tous que son espoir, son espoir fou, palpitait toujours. Il dure encore, cet espoir-là, cette promesse irréductible, elle a survécu. Son espoir profondément secret, qu'il redoutait d'offrir à cette humanité qu'il vomissait et qu'il comprenait tellement à la fois, il a essayé, sans cesse, par tous les moyens de le détruire, tout en s'émerveillant de le voir survivre à ses coups. C'était pour le rendre plus fort, pour l'éterniser.



Des gouffres amers. Des soleils mouillés. Des paysages désolés, des forêts de mâts. Je crois profondément que ce voyage effectué à 20 ans a été, plus qu'un périple forcé, une révélation immense. Si immense qu'une fois la promesse du lointain captée dans ses yeux il a voulu, précipitamment, rentrer chez lui, dans la saleté, le crachat, pour déjà en faire un souvenir et le multiplier à l'infini. C'est ce voyage qui lui a fait connaître, ressentir, retrouver ce léger balancement du navire sur les flots, cette oscillation du paradis à l'enfer, cette berceuse, cet écho du balancement utérin. Sa vie antérieure. Un sentiment qui est à la source de tous ses lancinants voyages, ses vers. Ce lointain a symbolisé en lui cette sorte de mirage, cette voix inexistante de sirène et pourtant si tenace, si irrésistible. Il a conçu qu'il n'avait qu'une seule vie, il l'a offerte a la seule chose qu'il aimait vraiment. Il a su qu'il fallait en faire quelque chose, de son voyage terrestre. Il décidait alors (et non subissait) de prendre tous les risques, c'est à dire de reposer son existence, ce qu'il était, sur ce qui est sans matière, sur un voile de rêve, sur l'impalpable. Aucune marche arrière n'était plus possible. Une fois l'absurdité de l'existence ordinaire comme consumée, avalée, comprise, il lui fallait poursuivre l'éternité qu'il portait en lui.



Pages liées



Toute phrase doit être en soi un monument bien coordonné, l'ensemble de tous ces monuments formant la ville qui est le Livre. -- Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes! Aux yeux du souvenir que le monde est petit! -- Par l'âpreté, la finesse et la certitude de son dessin, M. Méryon rappelle ce qu'il y a de meilleur dans les anciens aquafortistes. -- Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. -- La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas. -- Il y a, dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. -- Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Eglise a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage. -- J'implorais d'elle un rendez-vous, Le soir, sur une route obscure. Elle y vint ! - folle créature ! Nous sommes tous plus ou moins fous ! -- Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage, l'Art est long et le temps est court. -- Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Eglise a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage. -- La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable.Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
Le Salon de 1859
La Fanfarlo
Les Fleurs du mal, premi?re ?dition (1857)
Les Fleurs du mal, seconde ?dition (1861)
Le Spleen de Paris
Mon coeur mis ? nu
Les Paradis artificiels
Comment on paie ses dettes quand on a du g?nie
Conseils aux jeunes litt?rateurs
Les Drames et les romans honn?tes
Peintres et aquafortistes
Morale du joujou
Madame Bovary par Gustave Flaubert
Du Vin et du Haschisch
Fus?es
Le mus?e classique du bazar Bonne-Nouvelle
Exposition universelle
Les Mis?rables par Victor Hugo
Richard Wagner et Tannh?user ? Paris
Le peintre de la vie moderne
Choix de maximes consolantes sur l'amour
L'?cole pa?enne
Les fleurs du mal, fleurs maladives, la fleur du mal, fleurs du mal de Charles Baudelaire. Les Fleurs du mal Le Spleen de Paris, Les Petits po?mes en prose,po?sie en prose, recueil majeur. Le Spleen de Paris
 
 
"La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même." 
 
Ajoutez cette page ? vos favoris.            Recommander cette page ? vos amis.            Inscrivez-vous ? la lettre de diffusion.            Pourquoi pas de la litt?rature sur la toile ?...