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X L'ennemi   in Les Fleurs du mal


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Introduction
   Ce poème est un sonnet (ABAB-ABAB-CCD-EDE), Charles Baudelaire use souvent de cette forme dans Les Fleurs du Mal.
   L'ennemi, dans ce poème, c'est le temps, composante majeure du spleen baudelairien. On retrouve cette idée d'angoisse face au temps qui passe dans les poèmes "L'Horloge" et "Le goût du néant". Cette fois, le poète décrit l'angoisse consciente du temps qui passe.
   
   
   I. Les saisons d'une vie :
   Ce poème s'articule autour d'une métaphore filée sur le thème des saisons et du climat. Le poète s'implique directement dans cette description, et c'est de sa vie dont il décrit les étapes.
   La "jeunesse" (vers 1) du poète (premier quatrain) est comparée à un été bouleversé par les intempéries : "ténébreux orage" (vers 1) et "Le tonnerre et la pluie" (vers 2).
   Ces premières années de vie se sont construites en ombres et lumières ("çà et là", "ténébreux", "brillant"), tantôt emplies d'élans d'espoir, mais vite accablées par le poids du spleen.
   On note la présence de ponctuations fortes dans ce quatrain (";" et ".") qui insistent sur cette alternance. Le choix d'une alternance ABAB pour la forme du sonnet (et non ABBA) suggère également l'idée d'alternance entre les épisodes heureux ("soleil", "vermeils") et malheureux ("orage", "ravage" : spleen).
   Le "jardin" (vers 4) est en fait le symbole des souvenirs et de la mémoire de cette période tumultueuse, mais c'est aussi le constat du travail accompli. Les "fruits vermeils" (vers 4), ce sont les oeuvres, trop éparses selon le poète.
   
   Le deuxième quatrain évoque l'automne, et s'ouvre sur la résignation du poète ("voilà que", vers 5). "L'automne des idées" annonce le dépérissement des forces créatrices du poète. C'est le déclin d'une vie.
   
   Le premier tercet suggère un élan d'espoir : "Et qui sait". Ici on espère un printemps : "fleurs nouvelles", vers 9, qui évoque le titre même du recueil "Les Fleurs du Mal". A cette époque de l'année, les fleurs bourgeonnnent, la nature renait. Baudelaire espère qu'à nouveau son inspiration et ses idées renaîtront. Il a la volonté d'être comme la nature, constamment renouvelée. Cette renaissance est apparenté à une purification, comme un rite : "lavé", "mystique aliment".
   
   Mais le deuxième tercet vient mettre un terme à cet espoir. C'est finalement l'hiver qui glacera ses ambitions. Le temps a eu raison du poète.
   
   II. Domination du temps
   Si le poète ne peut renaître comme la Nature le fait, c'est que le temps l'a conduit à sa perte.
   Déjà le deuxième quatrain aborde l'idée de la mort. "L’eau creuse des trous grands comme des tombeaux" : l'eau est personnifié, dans le rôle d'un fossoyeur, morbide. L'eau, élément terrestre qui pourtant donne vie aux choses, apporte en fait la mort.
   La deuxième strophe est essentiellement composée d'éléments visuels forts : "la pelle et les râteaux", "terres", "des trous". Le poète illustre ainsi une accumulation des désastres du temps.
   Ce dernier n'est réellement nommé qu'à la fin du poème ("Le Temps mange la vie", vers 11) en des termes très bruts. C'est une sorte de monstre "obscur" qui "mange" et "ronge". La répétition du vers 11 ("O douleur"), perçue comme un cri de désespoir, ponctue la phrase.
   Le passage du "je" au "nous" à la fin du poème évoque la fatalité, pour tous les êtres humains, à se résoudre à supporter l'accablement du temps qui passe. Le temps semble se nourrir de l'énergie vitale de l'homme, comme un parasite ("croît et se fortifie") qui détruit toute possibilité d'inspiration nouvelle.
   
   Conclusion
   Ce poème est un grand témoignage du spleen comme il l'a été vécu par Baudelaire. Le poète met en forme ce malaise existentiel, comme pour l'exorciser. Même si les effets du temps sont inéluctables, il reste cependant à lutter contre ce malaise, et Baudelaire s'y attache par ses vers.



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TEXTE : X. L'Ennemi , in Les Fleurs du mal

Homme libre, toujours tu chériras la mer ! -- J'implorais d'elle un rendez-vous, Le soir, sur une route obscure. Elle y vint ! - folle créature ! Nous sommes tous plus ou moins fous ! -- Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage, l'Art est long et le temps est court. -- En rouvrant mes yeux pleins de flamme J'ai vu l'horreur de mon taudis, Et senti, rentrant dans mon âme, La pointe des soucis maudits ; -- Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux. -- J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or. -- Toute littérature dérive du péché. -- Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. -- Ta tête, ton gest, ton air Sont beaux comme un beau paysage ; Le rire joue en ton visage Comme un vent frais dans un ciel clair. -- Ne cherchez plus mon coeur, les bêtes l'ont mangé -- Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes! Aux yeux du souvenir que le monde est petit!Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
Le Salon de 1859
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Les Fleurs du mal, seconde ?dition (1861)
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"L’imagination universelle renferme l’intelligence de tous les moyens et le désir de les acquérir."