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Lettre à Docteur Véron     écrit le 19 octobre 1852

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Monsieur Véron,
   
    Voici ce qui m'arrive : mon éditeur veut que son livre (Edgar A. Poe) soit fait le 10 Janvier, ainsi que l'implique du reste notre traité. Le livre n'est payable qu'à cette époque. J'ai donc très peu de temps à moi .Or, tous mes livres, manuscrits et meubles; en grande partie (lesquels livres et manuscrits, plus ma correspondance avec les gens qui ont connu l'auteur, sont indispensables pour la confection du livre), sont restés en gage au dernier terme. Si la Revue Britannique ne m'avait pas joué le tour que vous savez, et si j'avais joui du grand plaisir de publier une nouvelle de moi, de dix ou douze feuilletons, dans votre journal, ainsi que j'avais le droit de l'espérer, tout aurait marché comme sur des roulettes. J'aurais fait mon livre avec l'argent que j'aurais légitimement tiré du Constitutionnel, et je ne serais pas obligé de vous avouer ce honteux embarras. Voulez-vous me tirer d'affaire? Il s'agit de 500 et quelques francs. J'ai raconté, non sans embarras, mon cas à Roqueplan, ainsi que mon projet de m'adresser à vous. Il m'a conseillé de tout vous dire. Ma foi, je n'en ai pas eu le courage, et j'ai préféré vous écrire. Si vous m'aviez fait l'honneur de me faire un traité, j'aurais peut-être pu m'en servir pour me procurer de l'argent; mais, en tout cas, je n'aurais pas pu l'exécuter tout de suite pour M. La Gueronnière, je suis trop pressé par ma nouvelle besogne. Aussi bien, j'aime mieux que les choses soient ainsi; je n'ai pas le temps de faire sa connaissance, et j'éprouve moins d'embarras à vous écrire ceci qu'à lui demander l'insertion d'une nouvelle. Dans quatre ou cinq jours, je vous enverrai le travail dont je vous ai parlé. Je présume qu'alors votre esprit sera libre et pourra juger s'il a quelque valeur.
   
    P. S. - II me semble, - je ne saurais trop définir pourquoi, - qu'il y aurait impertinence et niaiserie à vous affirmer que je pourrais vous renvoyer cet argent prochainement. Tout cela doit vous inspirer une médiocre confiance en moi, - financièrement, du moins,- et d'ailleurs je vous avoue que je ne puis m'empêcher de croire qu'il est inévitable que j'aie avec, vous, plus tard, des rapports littéraires plus heureux.
   
    Veuillez agréer l'assurance de mes respects et de ma parfaite reconnaissance.
   
    A.P.S. - Il va sans dire que, la dernière fois que ,j'ai eu l'occasion de vous voir, j'ignorais encore dans quel insupportable cercle vicieux j'allais être enfermé : trouver de l'argent pour en gagner.
   
   60. Rue Pigalle
   
   
   
    Voilà trois jours que je trimballe cette terrible lettre dans ma poche. Si vous croyez devoir me refuser ce service, au moins, quand j'irai vous voir, daignez me le dire vous-même, afin que le refus ne me soit pas trop dur.
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Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière. -- La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même. -- Le cri du sentiment est toujours absurde ; mais il est sublime, parce qu'il est absurde. -- La musique creuse le ciel. -- Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! -- La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même. -- Le beau est toujours bizarre. -- Etre un homme utile m'a toujours paru quelque chose de bien hideux. -- Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! -- Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. -- Le cri du sentiment est toujours absurde ; mais il est sublime, parce qu'il est absurde.Le Salon de 1845
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"Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière." 
 
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