
Victor Hugo, Valette (1884)
« Si vous êtes fort, c'est vous perdre que de vous attaquer à un homme fort; fussiez-vous dissidents en quelques points, il sera toujours des vôtres en certaines occasions. ». C’est ainsi que s’exprimait Baudelaire dans Conseils aux jeunes littérateurs, texte où il exposait en 1846 ses théories sur les pratiques littéraires en guise de conseils.
En 1862, Baudelaire reste fidèle à ses doctrines et nous fournit une extraordinaire critique de l’œuvre maîtresse du maître de son temps. Car si, d’un point de vue strictement personnel et privé, Baudelaire écrivit à sa mère le 10 août 1862 « Ce livre est immonde et inepte », d’un point de vue critique et littéraire, sa sincérité ne peut être mise en branle.
Baudelaire commence par mettre l’accent sur le but propre du livre (« dans les Misérables la morale entre directement à titre de but »), tout en s’attachant à mettre en lumière les moyens mis en œuvre par Hugo pour faire abonder le lecteur dans ce sens. Puis il précise la nature allégorique des personnages des Misérables, qui confère à l’œuvre un aspect poétique. Pour finir sur l’utilité de tout cela : « N'est-il pas utile que de temps à autre le poète, le philosophie, prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, et lui disent, en lui secouant le mufle dans le sang et l'ordure : "Vois ton oeuvre et bois ton oeuvre?" ».
Ce texte, dont la sincérité du propos peut a priori être mise en doute, n’en sera pas moins vrai, étonnant, surprenant et baudelairien !
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