
Le joueur de guitare espagnol, Manet (1862)
Baudelaire, critique d’art affirmé, publie un premier texte en avril 1862 dans la Revue Anecdotique : L’Eau-forte est à la mode. La création de la Société des Aquafortistes en mai 1862 est suivie d’une importante campagne en leur faveur, dans la presse spécialisée aussi bien que dans la presse d’information. Baudelaire, qui s’émerveille de la beauté de ces gravures et apprécie l’entreprise de cette société, complète son article et l’intitule cette fois Peintres et Aquafortistes.
Et l’eau-forte est à la mode, depuis plusieurs années. Comparée à la gravure au burin, cette technique, appliquée plus volontiers par les peintres que par les graveurs eux-mêmes, autorise un trait plus fin, plus spontané, plus personnel. On aime à se rappeler que c’est notamment Poulet-Malassis qui remet à l’honneur l’eau-forte, pour l’illustration de livres et les frontispices. C’est également Auguste Delâtre, l’imprimeur dévoué de cette jeune école des aquafortistes, et surtout Alfred Cadart, éditeur et marchand d’estampes, qui participent activement à la renaissance de l’eau-forte. Ce dernier, sous l’appui de nombreux artistes et journalistes, devient l’éditeur attitré de cette Société.
Et pour Baudelaire, l’entreprise des Aquafortistes doit être appuyée, comme il l’écrit à Gautier le 4 août 1862 : « Il faut évidemment soutenir cette réaction en faveur d’un genre qui a contre lui tous les nigauds ». Ces peintres aquafortistes sont ceux que Baudelaire avaient admiré et loué – pour certains – dans ses critiques des Salons : Manet, Bracquemond, Legros, Jongkind, Whistler, et surtout Méryon, ce frère d’armes que Baudelaire avait rencontré quelques années auparavant et pour lequel il portait à la fois une profonde admiration et une grande compassion. Cette critique est l’occasion de rappeler l’excellence et la beauté des gravures de Méryon sur Paris, qu’il avait découvertes en 1859.
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