
Madeleine dans le désert, Delacroix (1845)
Si Baudelaire n'exerce ses activités critiques que comme moyen alimentaire, on ne peut qu'admirer l'excellence avec laquelle il la pratique. Le Salon de 1845 est son tout premier écrit signé de son nom et publié sous la forme d’un livre. Déjà son talent de critique est remarqué, sous la plume de Champfleury notamment, qui écrit le 27 mai dans Le Corsaire Satan : « M. Baudelaire-Dufaÿs est hardi comme Diderot, moins le paradoxe ».
Mais Baudelaire n’est pas satisfait de son Salon. Beaucoup plus tard, il le reniera même, ne souhaitant pas le voir figurer dans ses œuvres complètes. Certes, ce n’est encore qu’une œuvre de jeunesse, bien loin du grandiose Salon de 1859. On y perçoit néanmoins le talent et les qualités littéraires du jeune critique : « une démonstration rigoureuse d’un style net et ferme, une logique allant droit à son but, sans souci des objections, ni des tempéraments », écrira Asselineau. Il est vrai que Baudelaire ne ménage pas ses opinions. Dans son essai Conseil aux jeunes littérateurs, il décrira sa méthode, en ligne droite : «M. X... est un malhonnête homme, et de plus un imbécile; c'est ce que je vais prouver»; en opposition à la ligne courbe, qui « amuse la galerie, mais ne l'instruit pas »…
Ainsi, il ne mâche pas ses mots en évoquant un tableau d’Horace Vernet, peintre académique reconnu : « Cette peinture africaine est plus froide qu'une belle journée d'hiver. Tout y est d'une blancheur et d'une clarté désespérantes. L'unité, nulle. » Il est fait de même pour Schnetz : « Hélas ! que faire de ces gros tableaux italiens ? ». Ce Salon de 1845 consacre déjà une grandiose éloge à Eugène Delacroix, « le peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes » dont Baudelaire admire et soutient, toute sa vie durant, le génie souvent contesté par des polémiques.
C’est peut-être à cause de la rigueur de sa forme que le Salon de 1845 ne passionne pas intensément le lecteur. Baudelaire choisit de relever strictement ses impressions et commentaires parmi les toiles qui ont retenu son attention, en les regroupant par genre (tableaux d’histoire, portraits…). Pour ses futures critiques, il abandonnera ce schéma, trop rigide pour communiquer au lecteur ses passions ou ses aversions artistiques.
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