
Les bords du fleuve Sebou, Eugène Delacroix (1858)
Le Salon ouvre ses portes le 15 avril 1859, au palais des Beaux-arts (qui accueillit également l’Exposition Universelle de 1855); ainsi Baudelaire n’y fera qu’une brève visite, pour repartir à Honfleur, dans la maison de sa mère, quelques jours plus tard. Loin de Paris, ce n’est donc qu’à partir de brefs souvenirs – et du livret présentant l’exposition – qu’il décrit et commente le Salon, déployant son génie critique dans un style à mi-chemin entre journalisme et littérature. Il y découvre alors une autre méthode critique, comme il l’écrit à Nadar dans une lettre du 14 mai 1859 : « J’écris maintenant un Salon sans l’avoir vu. Mais j’ai un livret. Sauf la fatigue de deviner les tableaux, c’est une excellente méthode, que je te recommande. On craint de trop louer et de trop blâmer; on arrive ainsi à l’impartialité. »
Cette méthode surprenante aboutit à l’une des plus belles critiques sur les orientations artistiques de l’époque. Et pourtant ce Salon fut à peine lu lors de sa parution. A la recherche de quelque argent, Baudelaire s’adresse à la Revue Française, modeste publication – mais qui était en fait l’une des rares qui lui soit ouverte. Le texte prend une forme épistolaire, adressée au directeur de la revue et ami de Baudelaire, Jean Morel (« Mon cher M**** »).
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